1La vanité et le prix des apparences
La ruine de Mathilde ne commence pas avec le collier perdu, mais avec son refus de paraître moins qu'elle ne croit l'être. Elle rejette des fleurs fraîches qui coûtent dix francs parce que rien n'est plus humiliant que de paraître pauvre parmi des femmes riches, et elle préférerait renoncer au bal plutôt que d'y paraître misérable. Cette même fierté l'empêche plus tard de dire la vérité à Madame Forestier, car avouer la perte revient à avouer ce qu'elle est. Chaque choix fait pour protéger une image coûte de l'argent réel, puis des années réelles. Maupassant montre la vanité comme une dette qui s'accumule : la robe, les bijoux, le silence, le labeur. Le livre montre que l'image n'a jamais été réelle, si bien que chaque sacrifice consenti pour la soutenir a été dépensé pour rien.
Personnages :Mathilde LoiselMadame Jeanne Forestier
2L'honnêteté contre la peur de l'humiliation
Toute la catastrophe repose sur un aveu jamais fait. Mathilde aurait pu dire à Madame Forestier que le collier était perdu, s'attendre au mécontentement d'une amie, et apprendre la vérité en une seule conversation. Elle écrit plutôt que le fermoir s'est cassé et qu'on le fait réparer, un petit mensonge qui se durcit en une dette de trente-six mille francs. Son mari, épuisé, suit le mouvement. Dix ans plus tard, ce n'est qu'une fois la dette payée qu'elle se sent assez sûre d'elle pour parler, et elle présente même le silence comme une vertu, disant que Forestier aurait pu la prendre pour une voleuse. Le récit le montre : la honte que vous évitez aujourd'hui peut vous coûter une décennie, et l'aveu que vous redoutez coûte généralement moins cher que la dissimulation.
Personnages :Mathilde LoiselMadame Jeanne Forestier
3La classe et l'illusion d'appartenir
Mathilde naît dans une famille d'employés, sans dot ni espérances, et le récit ne la laisse jamais échapper à ce fait. Le bal est une soirée unique d'appartenance empruntée : elle est plus belle que toutes les autres femmes, les hommes de l'administration la recherchent, même le président du conseil veut être présenté. Mais elle repart dans un modeste vêtement de tous les jours dont la pauvreté jure avec sa robe, et dès le matin l'illusion s'effondre en une quête d'un collier perdu. Pendant ce temps, Madame Forestier, véritablement riche, reste jeune et charmante tandis que Mathilde vieillit en femme des ménages pauvres. Le livre montre que le statut emprunté est un déguisement, et que ceux qui le possèdent le voient toujours.
Personnages :Mathilde LoiselMadame Jeanne Forestier
4Le sacrifice et qui le paie
Maupassant bâtit le récit sur une chaîne de sacrifices et suit qui en absorbe chacun. Monsieur Loisel renonce à ses quatre cents francs économisés pour un fusil de chasse aux alouettes, devient pâle, et remet tout de même l'argent. Il passe ensuite une semaine à arpenter les rues, signe des billets qui le compromettent pour le restant de ses jours, travaille le soir comme teneur de livres et la nuit à copier des pages à cinq sous la page. Mathilde paie aussi, avec ses mains, sa beauté, sa jeunesse. L'ironie amère est que le sacrifice est énorme alors que l'objet ne vaut rien. Le livre montre que la dévotion sans honnêteté est gaspillée : l'amour de son mari et ses dix années de labeur ont été dépensés à protéger un faux de cinq cents francs.
Personnages :Mathilde LoiselMonsieur Loisel