1Le fardeau d'être l'élu
Moiraine dit à Rand, Mat et Perrin que le Ténébreux traque l'un d'entre eux — sans savoir lequel — et c'est cette ignorance qui constitue la cruauté. Chaque garçon porte sa cible en solitaire : la paranoïa de Mat due à la dague, la terreur de Perrin face à ses yeux jaunes, la voix dans la tête de Rand et son canalisation. À la fin, la question trouve sa réponse de la pire des manières : Rand est le Dragon Reborn, l'homme destiné à affronter la Dernière Bataille et, comme le montre le sort de Lews Therin, à en perdre la raison. Le message du livre est clair : être choisi n'est pas un honneur, c'est une sentence qu'on n'a pas le droit de refuser.
Personnages :Rand al'ThorMoiraine DamodredPerrin Aybara
2Le pouvoir et l'usage qu'on en fait
Jordan fait délibérément écho au Comté de Tolkien, puis inverse la leçon. Là où la quête de Frodo consiste à renoncer à un pouvoir corrompant, l'histoire de Rand concerne un pouvoir qui doit être employé : il doit canaliser saidin — souillé, rendant fou — pour brûler Aginor, anéantir l'armée de Trollocs à la Faille de Tarwin et trancher le cordon de Ba'alzamon. L'Unique Pouvoir est aussi divisé par le genre et la politique : Moiraine et Nynaeve canalisent au grand jour, tandis que les canaliseurs masculins sont condamnés par la souillure qui poussa Lews Therin à tuer les siens. Le livre soutient que certaines guerres ne peuvent être survécues par la seule humilité — quelqu'un doit bien saisir l'arme.
Personnages :Rand al'ThorMoiraine DamodredNynaeve al'MearaBa'alzamon
3La perte de l'innocence
Le Champ d'Emond est conçu pour évoquer un Comté — Bel Tine, le raid de la Nuit d'Hiver, des garçons qui n'ont jamais quitté leur village. Puis le monde démonte cette innocence pièce par pièce : Rand apprend que son père l'a trouvé sur Dragonmount ; Perrin tue deux Blancs-Manteaux et ne peut concilier cet acte avec la Voie de la Feuille des Tinkers, cette conviction qu'aucune cause ne justifie de nuire à autrui ; Thom est vu pour la dernière fois boitant vers un Myrddraal pour permettre aux garçons de fuir. Les garçons du village terminent le livre en canaliseur, en Frère-des-Loups et en porteur d'une dague corrompue. Le foyer est un lieu où l'on ne peut jamais revenir inchangé.
Personnages :Rand al'ThorPerrin AybaraThom Merrilin
4Le devoir contre le désir
Presque chaque personnage désire quelque chose que l'intrigue lui interdit. Perrin veut être un simple forgeron, pas un Frère-des-Loups. Egwene veut de l'aventure et reçoit des leçons de canalisation au prix lourd. Nynaeve veut ramener ses garçons à la maison et révèle à la place qu'elle peut canaliser. Rand veut retourner au Champ d'Emond et apprend à la place qu'il est le Dragon Reborn. Même les Tuatha'an, qui suivent une non-violence absolue, sont éprouvés par l'intérêt d'Aram pour Egwene et par la violence de Perrin parmi eux. Le livre ne cesse de demander ce que vous devez au monde quand le besoin du monde contredit vos propres désirs — et sa réponse est que la Trame se moque de ce que vous voulez.
Personnages :Rand al'ThorPerrin AybaraEgwene al'VereNynaeve al'Meara
5Prophétie et libre arbitre
Elaida prédit que Rand ébranlera le monde ; Moiraine conclut le livre en déclarant : « Les Prophéties s'accompliront. Le Dragon est Reborn. » Pourtant, les personnages passent tout le roman à faire des choix qui semblent libres — fuir, se cacher, résister. La tension tient à ce que la prophétie, dans ce monde, ressemble moins à une prédiction qu'à une force gravitationnelle : les ta'veren comme Rand courbent la Trame autour d'eux, et la Trame se corrige elle-même. Le message du livre : le destin n'y est pas un scénario qu'on lit — c'est un poids qu'on sent, et connaître son sort ne libère pas de lui.
Personnages :Rand al'ThorMoiraine Damodred