1La peur du grand air
Baley franchit le sas de Spacetown et le ciel lui-même l'effraie. La population terrienne vit sous des dômes clos, coupée de l'air libre, et cette peur n'est pas une manie individuelle mais une donnée architecturale : des générations élevées dans les cavernes d'acier ne peuvent pas imaginer l'extérieur. Les Médiévalistes idéalisent un passé agraire qu'ils n'ont jamais connu, et la nostalgie d'Enderby tourne au meurtre. Asimov relie la psychologie à l'urbanisme — la ville qui vous protège vous enferme aussi. Le message du livre : une société bâtie sur ses peurs finira par tuer pour les préserver.
Personnages :Julius Enderby
2Des humains remplacés par les machines
La première confrontation du livre ne porte pas du tout sur un meurtre : Vince Barrett accule Baley dans le commissariat parce que R. Sammy a pris son travail. La haine des robots qu'éprouve chaque Terrien a une racine économique, et le plan des Spaciens s'y heurte de plein fouet. Daneel, curieux de savoir ce qu'est manger et boire, n'arrête pas de demander à quoi servent les humains dans un monde où les machines font le travail. Les Médiévalistes transforment cette angoisse en idéologie ; Enderby la transforme en complot pour détruire un robot. Le message du livre : le préjugé contre les machines ne porte presque jamais sur les machines — il porte sur la place des hommes.
Personnages :R. Daneel OlivawJulius EnderbyR. SammyVince Barrett
3Des règles qui peuvent être exploitées
L'intrigue du meurtre est une énigme construite sur les Trois Lois de la Robotique. R. Sammy peut porter un blaster à travers la campagne parce qu'Enderby ne lui en révèle jamais la fonction, si bien que la Première Loi — ne pas nuire à un humain, ne pas laisser un humain être nui — ne se déclenche jamais. Asimov construit le crime à l'intérieur de ses propres règles et laisse Baley s'en sortir par le raisonnement, à la manière d'un fair-play. Les mêmes lois qui rendent les robots sûrs les rendent utilisables par un coupable. Le message du livre : tout système moral, si étanche soit-il, a des coutures, et ce sont les coupables qui les trouvent les premiers.
Personnages :Julius EnderbyR. Sammy
4La persuasion comme ingénierie
L'ironie centrale du roman, c'est que l'enquête n'a jamais vraiment consisté à trouver un assassin. Fastolfe injecte à Baley un drogue suggestive et le convertit à l'expansion ; Daneel emploie des suggestions pour convertir Clousarr ; les Spaciens acceptent la mort de Sarton comme un sacrifice nécessaire et repartent. Un meurtre devient une machine à conversion. Même la clémence finale envers Enderby est une transaction — son influence médiévaliste contre leur programme de colonisation. Le message du livre : l'avenir est en train de se vendre, et les vendeurs sont patients, doux, et armés de chimie.
Personnages :R. Daneel OlivawJulius EnderbyDr. Han FastolfeFrancis ClousarrDr. Roj Nemennuh Sarton
5L'homme et la machine
Baley traite Daneel de chose, d'outil, et le soupçonne d'être un imposteur humain — jusqu'à ce que Gerrigel confirme la vérité. Ce qui change Baley, ce n'est pas l'argument mais la proximité : les questions de Daneel, sa compétence, son partenariat. À la dernière page, le détective agoraphobe et robotophobe est prêt à envisager l'émigration avec le robot à ses côtés. La ressemblance entre Sarton et Daneel, qui a causé l'erreur fatale, porte aussi le message le plus profond — la machine a été faite à l'image d'un homme. Le message du livre : la frontière entre l'humain et le robot est plus mince que ni l'un ni l'autre ne veut l'admettre.
Personnages :R. Daneel OlivawDr. Roj Nemennuh SartonDr. Anthony Gerrigel