1Le silence comme témoignage
Le mutisme d'Alicia ressemble à du vide, mais c'est la chose la plus bruyante du livre. Elle regarde chaque thérapeute échouer, reste immobile tandis que Theo sonde son enfance, et ne parle que lorsqu'elle le choisit, racontant une version de la nuit du meurtre que tout le monde suppose être un mensonge. L'épigraphe tirée de l'Alceste d'Euripide, « Parce que je ne voulais pas être réduite au silence », la redéfinit : le silence n'est pas l'absence de parole mais un refus, une arme, une peine qu'elle purge à ses propres conditions. Ce que le livre affirme : une personne qui refuse de parler n'est pas une personne qui n'a rien à dire.
Personnages :Theo FaberAlicia Berenson
2Le thérapeute qui a besoin de thérapie
Theo vous dit dès le début qu'il est devenu psychothérapeute pour tenter de se réparer lui-même, élevé par un père violent et imprévisible et une mère négligente. Le roman rend ensuite cette confession littérale : l'homme qui fouille dans le traumatisme d'Alicia pour la guérir est le même homme qui, masqué, lui inflige le traumatisme qui la brise. Son langage professionnel — percées, progrès, séances — devient un costume par-dessus l'obsession et la vengeance. Ce que le livre affirme : la personne qui propose de vous réparer soigne peut-être sa propre blessure, et son remède peut être votre catastrophe.
Personnages :Theo FaberAlicia Berenson
3La trahison et sa contagion
Une seule liaison empoisonne quatre vies. Kathy trahit Theo avec Gabriel ; Gabriel trahit Alicia avec Kathy ; Theo, incapable de frapper sa femme, frappe à la place la femme innocente de son amant. Il observe Alicia par les fenêtres de Hampstead, s'introduit chez elle le visage couvert d'une cagoule, lui dit que Gabriel ne l'a jamais aimée, et repart. Son effondrement, le pistolet, les cinq coups de feu, tout découle d'une trahison qu'elle n'a jamais commise. Ce que le livre affirme : la trahison ne reste jamais entre les deux personnes qui la commettent ; elle voyage jusqu'à trouver quelqu'un qui ne peut pas se défendre.
Personnages :Theo FaberAlicia BerensonKathyGabriel Berenson
4Les histoires que nous choisissons de croire
Tout le monde à la Grove lit Alicia à travers ses propres besoins. Diomedes voit un cas désespéré ; Theo voit une guérison ; le personnel voit des progrès dans un tableau où ils figurent debout à ses côtés ; ils entendent son histoire de l'homme masqué et décident qu'elle ment, alors que la vérité est pire que son mensonge. Theo est couvert d'éloges pour l'avoir fait parler, applaudi pour un miracle qu'il a fabriqué. Ce que le livre affirme : nous croyons l'histoire qui nous flatte, et le journal intime, lui, attend toujours.
Personnages :Theo FaberAlicia BerensonProfessor Diomedes
5Le masque
Theo porte une véritable cagoule quand il s'introduit dans la maison des Berenson, mais le masque est la méthode même du roman. En séance, il est le guérisseur bienveillant ; à Hampstead, il est le harceleur ; à la maison, il est l'époux dévoué. Alicia le démasque sans jamais élever la voix : elle reconnaît sa voix au cours d'une séance de thérapie et l'écrit. Ce que le livre affirme : un masque cache un visage, mais une voix — l'outil même de la cure par la parole — trahit le guérisseur.
Personnages :Theo FaberAlicia Berenson