1Le problème du mal
Pangloss enseigne qu'ils vivent dans le meilleur des mondes possibles — puis Candide est fustigé, Jacques se noie, un tremblement de terre tue des dizaines de milliers de personnes, et Pangloss lui-même est pendu pour hérésie. Voltaire met en scène l'argument sous forme de bilan macabre : chaque catastrophe qui frappe les personnages s'accompagne d'une explication philosophique expliquant pourquoi elle devait se produire. Le tremblement de terre de Lisbonne, qui a réellement tué des milliers de personnes en 1755, est le nœud du problème — si le plan de Dieu exigeait cela, quel genre de plan est-ce ? Le livre ne résout jamais le problème ; il rend les réponses faciles obscènes. C'est là tout le propos : quand une philosophie peut tout expliquer, elle n'explique rien.
Personnages :CandidePanglossJacques the Anabaptist
2L'optimisme comme complaisance
Le mantra de Pangloss — tout est au mieux — n'est pas seulement faux ; il est moralement corrosif. Il dit à Candide que le port de Lisbonne a été créé pour que Jacques s'y noie, et fait des leçons sur la vision optimiste pendant que les gens déblayent les ruines. Le matelot qui laisse Jacques se noyer et pille les décombres n'a pas besoin de philosophie pour agir ainsi ; la philosophie se contente de l'habiller. La satire de Voltaire vise les gens à l'aise qui utilisent le raisonnement cosmique pour excuser leur inaction. À la fin, Pangloss refuse toujours de se rétracter — ce ne serait pas convenable, puisque Leibniz ne peut pas avoir tort — montrant que le dogme survit à toutes les preuves. Une croyance qu'on ne peut pas tester ne mérite pas qu'on lui fasse confiance.
Personnages :CandidePanglossJacques the Anabaptist
3La folie du rang et de la richesse
Partout où Candide va, le rang est une imposture. La marquise de Parolignac est une gueuse parisienne avec un titre ronflant ; le gouverneur de Buenos Aires porte un nom aussi long que son appétit ; le frère de Cunégonde bloque un mariage parce que Candide n'a pas de sang noble — soixante et onze quartiers, dirait-il, quoique le livre en compte autrement. Pendant ce temps, six rois détrônés partagent une table à Venise, et l'homme le plus riche de la ville, Pococurante, s'ennuie devant chaque chef-d'œuvre qu'il possède. L'Eldorado, le seul endroit heureux, n'a ni prêtres, ni tribunaux, ni prisons, et traite son or comme de la boue. Le verdict du livre : le rang n'impressionne que ceux qui y croient.
Personnages :CandideCunégonde
4Le travail comme réponse
Le fermier turc possède vingt arpents, les cultive avec ses enfants, et dit que le travail éloigne trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin. C'est toute la philosophie que Voltaire accepte d'endosser. Le jardin à la fin n'est pas une métaphore du repli — c'est une alternative concrète à la théorisation. Cunégonde devient pâtissière, Paquette fait de la broderie, la vieille femme fait la lessive, Giroflée se met à la menuiserie, et la santé et le moral de la vieille femme s'améliorent. Le groupe cesse de débattre du meilleur des mondes possibles et commence à améliorer un petit coin de celui-ci. Un travail petit, utile et honnête vaut mieux que les grandes explications cosmiques.
Personnages :Cunégonde
5L'hypocrisie de l'Église et de l'État
Les cibles de Voltaire tombent en un martèlement régulier : l'Inquisition organise un auto-da-fé pour apaiser Dieu et prévenir les tremblements de terre — et un autre tremblement de terre survient quand même. Un grand inquisiteur partage une maîtresse avec un banquier juif qu'il fait chanter. Le frère Giroflée déteste l'ordre religieux dans lequel il a été endoctriné. Les Anglais fusillent leur propre amiral pour encourager les autres. Paquette est contrainte à la prostitution tandis que son confesseur lui a donné la syphilis. Les institutions qui revendiquent l'autorité morale apparaissent sans cesse comme des machines de cruauté, d'extorsion et de guerre. La satire est large mais précise : ce n'est pas Dieu qu'on moque, ce sont les hommes qui prétendent parler en son nom.