1Le capitalisme comme séduction
Mouret ne force jamais personne à acheter. Il construit une machine de miroirs, de lumière douce, d'avalanches de marchandises, de buffets gratuits et de remboursements, conçue pour « subjuguer la femme » et lui faire perdre la raison — ce qu'il appelle « la religion du désir de la femme ». Les ventes blanches montrent la méthode à pleine puissance : des femmes s'évanouissent dans la foule, et une seule journée rapporte plus d'un million de francs. Le propos du roman est que le commerce moderne ne conquiert pas par le besoin mais par le désir fabriqué, et que la cliente ressort en se croyant libre.
Personnages :Octave Mouret
2La mort du petit commerce
Face au magasin, de l'autre côté de la rue, Baudu qualifie la nouvelle ère commerciale de « mort du petit commerce », et le roman lui donne raison dans le détail. Les commerçants se réunissent pour pleurer leurs clients volés ; Bourras refuse de vendre et est emporté hors de sa boutique démolie ; Geneviève meurt, affaiblie par la ruine du commerce familial. Zola donne aux vaincus des visages et des funérailles, pas seulement des statistiques. Le propos du livre est que le progrès a un coût humain, et que la force même qui éblouit la cliente affame l'artisan.
Personnages :Bourras
3Les femmes et l'indépendance
Le magasin est un paradoxe pour les femmes. Comme clientes, elles vivent leurs fantasmes et leurs impulsions dans un espace entièrement construit autour de leurs désirs ; comme employées, elles accèdent à la possibilité d'une indépendance financière, mais au prix de lits de dortoir, de journées de treize heures, de soupe claire et de médisances. Denise incarne les deux faces : elle gagne sa vie et entretient ses frères, mais elle est faillie être détruite par les intrigues du magasin et une fausse accusation de vol. Le propos du livre est que la nouvelle économie a donné de l'argent aux femmes et pris leur dignité comme péage — jusqu'à ce que quelqu'un exige les deux.
Personnages :Denise Baudu
4La dignité comme seul levier
Tout le monde dans le roman peut être acheté, sauf Denise. Les offres de Mouret — un appartement, de l'argent — reçoivent la réponse « Je ne suis pas à vendre » ; son charme, qui n'a jamais échoué, n'enflamme que davantage face à son refus. Son calme quand on l'accuse d'être sa maîtresse, et son endurance à travers la faim et l'humiliation, sont ce qui le pousse enfin à confesser qu'elle l'a conquis. Le propos du livre est que dans un monde où tout a un prix, celui qui refuse de vendre devient le seul à détenir un vrai pouvoir.
Personnages :Denise BauduOctave Mouret