1La race, une chose fabriquée
Ifemelu grandit au Nigeria sans jamais se penser comme Noire ; c'est l'Amérique qui la rend Noire dès son arrivée. Le premier billet de son blog le dit crûment : devenez une Noire non américaine en Amérique et « vous devenez noire. Cessez de discuter. » Le roman ne cesse de montrer la machinerie — devoir parler au nom de tous les Noirs dans une salle de cours à Philadelphie, une inconnue blanche qui tend la main vers ses cheveux lors d'une fête, les gens qui lui affirment que l'élection d'Obama a mis fin au racisme. La réponse d'Ifemelu, à savoir que le racisme est une affaire de pouvoir et pas seulement de préjugés, déchire la fiction polie. Ce que le livre affirme : la race n'est pas ce que vous êtes mais ce qu'une société vous fait, et c'est en la regardant de l'extérieur qu'on parvient enfin à la voir.
Personnages :Ifemelu
2Le prix de l'appartenance
Chaque personnage paie un loyer pour appartenir à quelque part. Ifemelu défrise ses cheveux, joue l'Américaine, sort avec qui il faut, et se sent malgré tout comme une invitée. Obinze paie avec de faux papiers et un mariage de façade, et se fait arrêter à l'autel même de son appartenance. Kosi achète l'appartenance avec le statut social et un mariage parfait. Dike, né en Amérique de parents nigérians, n'appartient nulle part assez fortement pour vouloir mourir. Le roman ne cesse de demander ce qu'on échange contre une place à la table — et si le siège nous appartient jamais vraiment. Sa réponse : l'appartenance achetée au prix d'un effacement n'est qu'un bail, jamais un foyer.
Personnages :IfemeluObinzeKosiDike
3Le pays natal, compliqué
Le Nigeria n'est pas un refuge sentimental dans ce livre ; il est corrompu, obsédé par le statut social, étouffant, et vivant. Ifemelu rentre en s'attendant à un soulagement et découvre à la place un choc culturel inversé — les « big men », les prétentions, l'étiquette d'« Americanah » qu'on lui jette au visage comme une petite insulte. Elle lance un nouveau blog pour tenir le coup, appliquant sa mordance américaine à Lagos. Le roman refuse les deux solutions de facilité : l'Amérique est épuisante, le Nigeria exaspérant, et le pays natal est celui avec qui l'on se dispute plutôt que celui qui vous accueille. L'idée est que le pays natal n'est pas l'endroit où l'on se sent à sa place ; c'est celui où l'on choisit de continuer à essayer.
Personnages :Ifemelu
4L'amour contre la représentation d'une vie
L'amour d'Ifemelu et d'Obinze survit à treize ans, deux continents, une expulsion, un mariage et une liaison, précisément parce que c'est la seule chose qu'aucun des deux n'a eu à jouer. Autour d'eux, tout le monde joue la comédie : le mariage lisse de Kosi, l'activisme vertueux de Blaine, la générosité sans effort de Curt, le raffinement répété du club des Nigerpolitan. Quand Obinze finit par dire qu'il a fait semblant toutes ces années, il avoue pour presque tous les adultes du livre. La thèse du roman est saisissante : la vie authentique coûte plus cher que la vie jouée, et la plupart des gens paient le prix le moins cher. Ifemelu et Obinze paient le prix fort.
Personnages :IfemeluObinzeBlaineCurtKosi