1L'authenticité comme obsession
Toute l'intrigue est un problème de connaisseur : trois exemplaires, un seul authentique, et la différence se cache dans des signatures et des détails de gravure que seul un œil exercé peut repérer. La valeur de Corso aux yeux de Balkan tient précisément à cette expertise, et chaque mort qui l'entoure fait monter les enjeux d'une question qui commence comme un travail d'érudition. Le livre traite l'authentification comme une forme de foi, puisque Corso doit décider ce que signifient les signatures « LCF » avant de pouvoir décider ce qu'est le livre. Quand la neuvième gravure contrefaite est démasquée, l'expertise est lavée de tout soupçon ; et quand les portes s'ouvrent, elle rencontre quelque chose qui la dépasse. Le fond du propos : vérifier un texte peut devenir la même chose qu'y croire.
Personnages :Dean CorsoBoris Balkan
2Le prix de l'acquisition
Chaque main par laquelle le livre passe paie son tribut : Andrew Telfer le vend puis se suicide, le libraire auquel on le confie est retrouvé pendu dans une pose tirée de ses propres gravures, Fargas se noie, Kessler est étranglée et sa bibliothèque brûle, Liana est étranglée dans son propre manoir. La collection n'y est pas un passe-temps mais un affrontement où la possession appelle la violence, et la volonté de Balkan d'interrompre un culte et d'étrangler Liana montre ce que la propriété fait de lui. Corso survit en étant un coursier plutôt qu'un propriétaire, jusqu'à la fin, où il détient les neuf gravures. Le fond du propos : vouloir la chose rare peut coûter tout ce qu'on possède.
Personnages :Dean CorsoBoris BalkanLiana TelferVictor FargasBaroness Kessler
3Le scepticisme mis à l'épreuve par les faits
Corso travaille en professionnel : comparer les planches, vérifier les signatures, retracer la provenance. Il observe le rite de Balkan et reste sceptique même quand Balkan semble indemne, et il est lavé de tout doute quand Balkan hurle dans les flammes. Pourtant les faits ne cessent de dépasser l'explication, des pouvoirs de Green Eyes à la gravure qui lui ressemble. Le récit ne demande jamais à Corso un saut dans la croyance ; il se contente de lui tendre, l'une après l'autre, des preuves qu'un sceptique ne peut écarter. Le fond du propos : l'esprit rationnel n'est pas vaincu par le surnaturel, il y est conduit pas à pas.
Personnages :Dean CorsoBoris BalkanGreen Eyes
4À qui le livre était-il réellement destiné
Balkan a l'argent, Liana a la séduction, le culte a le nombre, et tous échouent. Le rite échoue pour Balkan parce que la neuvième gravure est contrefaite, et la vraie planche ne refait surface ni par le pouvoir ni par la force, mais par la boutique vidée des frères Ceniza disparus, glissant d'une bibliothèque jusqu'à l'unique homme qui n'a jamais tenté de se servir du livre. Green Eyes, dont elle semble être le sujet, choisit Corso et lui laisse le mot. Le fond du propos : le texte ne répond ni à la richesse ni au rituel, mais seulement au lecteur qui le suit avec honnêteté.
Personnages :Dean CorsoBoris BalkanGreen EyesLiana TelferThe Ceniza Brothers