1La miséricorde plutôt que la justice
L'évêque a le droit pour lui : Valjean lui a volé, et les gendarmes l'ont attrapé. Au lieu de cela, Bienvenu dit aux agents que l'argenterie était un cadeau et ajoute les chandeliers, d'une valeur de deux cents francs, au butin. Il fait cela non parce que Valjean le mérite mais parce qu'il ne le mérite pas, car une miséricorde méritée n'est qu'un salaire juste, pas de la miséricorde. Tout le roman repose sur cet acte unique. Tout le bien que Valjean fait ensuite est une tentative d'y répondre, et toute la cruauté que Javert commet est une tentative d'imposer la logique que l'évêque a refusée. Ce que Hugo veut dire, c'est que la loi peut punir un homme pour toujours sans le changer, et qu'une bonté imméritée le peut.
Personnages :Jean ValjeanMonseigneur BienvenuJavert
2La possibilité de devenir quelqu'un d'autre
Valjean arrive à Digne comme une chose que l'État a fini de fabriquer : un homme dangereux, tamponné et certifié sur un passeport jaune. Toutes les portes de la ville se ferment parce que tout le monde lit l'étiquette et y croit. L'évêque est la seule personne qui refuse de la lire, et ce faisant, il la rend fausse. Hugo soutient que l'identité n'est pas un verdict mais une direction, et qu'une personne devient ce que les gens autour d'elle la traitent comme étant. La vie ultérieure de Valjean, sous un nouveau nom, en homme honnête, n'est possible que parce qu'un vieil homme a décidé de traiter un voleur comme un frère avant qu'il n'y ait aucune preuve pour le justifier.
Personnages :Jean Valjean
3La pauvreté comme machine qui fabrique le crime
Le crime originel de Valjean était de voler un pain pour nourrir les enfants affamés de sa sœur, et l'État a répondu par dix-neuf ans de bagne. Hugo ne cherche pas à excuser le vol ; il cherche à montrer que la société a construit le vol, puis a puni le voleur pour son existence. Le passeport jaune qui fait refuser Valjean à chaque porte de Digne est la machine fonctionnant exactement comme prévu, transformant un prisonnier libéré de nouveau en criminel en ne lui laissant aucune autre voie. La maison de l'évêque est le seul endroit où la machine n'atteint pas, et le roman demande à quoi ressemblerait un pays s'il y avait plus de telles maisons et moins de tels passeports.
Personnages :Jean Valjean
4La conscience comme une dette que l'on ne peut pas acquitter
Après la miséricorde de l'évêque, Valjean vole une pièce à un petit garçon presque sans y penser, par pur réflexe animal, puis comprend ce qu'il a fait et pleure pour la première fois depuis dix-neuf ans. À partir de ce moment, sa conscience n'est plus un sentiment mais un créancier. Il passe des décennies à essayer de payer une dette à un homme qui ne demandait rien, et la dette ne fait que croître, car chaque bon acte lui montre combien il pourrait faire davantage. Hugo suggère que le véritable changement moral n'est pas une conversion unique mais une vie de versements, et que le plus cruel est que le créancier ne cesse jamais de croire que vous pouvez payer.
Personnages :Jean Valjean